toujours jamais (5)

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Monsieur Pereur raccrocha pour décrocher à nouveau et appela son premier fils. Comme il vivait en Suède et que le voyage allait lui prendre plus d’une journée, ils convenaient qu’on allait organiser une réunion familiale à une date ultérieure. Monsieur Pereur se sentit soulagé par cet arrangement et appela ses deux autres fils qui eux vivaient encore plus loin. Il fut soulagé de ne pas avoir eu besoin de tromperie pour retarder leur venue. Désormais, il était libre de s’organiser et de deviner les derniers imprévus qui risquaient encore de compromettre son plan.

Il n’eut pas le temps d’aller au bout de sa pensée lorsqu’on sonna à la porte. À travers la lucarne il découvrit Monsieur Latuile, notaire à Offranville.
« Entrez donc, Maître. »
« Mes condoléances, Monsieur Pereur, quelle perte ! »
« Vous avez raison, une perte énorme. Qu’est-ce qui me vaut votre visite ? »
« Je vais être très franc avec vous, et très direct également. »
« Nous avions tout réglé dans votre cabinet, il me semble ? »
« Effectivement, Monsieur Pereur, et vous me voyez un peu gêné de faire cette démarche alors que le corbillard n’a pas encore quitté votre belle demeure, mais … »
« Dites-moi, Monsieur Latuile. »
« Combien de fois cette maison est-elle passée par notre cabinet, je ne saurais vous le dire. Depuis qu’elle est là, elle a été vendue et achetée à tellement de reprises qu’il faudrait une journée entière à mon clerc pour rassembler tous les documents qui l’ont accompagné. Elle en a vu au fil du temps, mais vous et votre défunte épouse, en plus de lui avoir rendu son lustre, l’avez imprégnée de tant d’amour et de tendresse. J’en suis tombé amoureux et si vous le permettez, cher Monsieur Pereur, j’aimerais vous faire une offre d’achat dès aujourd’hui. »
Monsieur Pereur laissa finir le notaire jusqu’à ce que le son de ses dernières paroles cessa de résonner dans ses tympans, puis se demanda si la précipitation du notaire jouissait d’un quelconque privilège. Il n’allait pas continuer à vivre seul dans cette maison qu’il n’avait conquise que pour être avec Annabelle. Ils s’étaient d’ailleurs rendu compte assez vite qu’ils ne la possédaient pas exclusivement. C’était plutôt la maison qui les avait choisis, qui les avait accueillis et qui leur avait permis de vivre dans ses entrailles. Y circulaient encore quelques esprits bienveillants d’anciens occupants qui avaient laissés leurs traces spirituelles centenaires. La cohabitation était des plus paisible. Monsieur Pereur se rendit à l’évidence que la démarche du notaire était sincère, alors que l’objet même de son séjour dans cette demeure était sur le point de regagner les cieux.
« Quelle est le prix que vous me proposez, Monsieur Latuile ? »
Le notaire, discret et conscient de la présence d’autres personnes dans la maison, sortit un papier de sa poche qu’il avait plié à plusieurs reprises. Il le déploya soigneusement devant Monsieur Pereur et le tendit respectueusement vers lui. La somme notée au propre dépassait de loin le prix du marché, mais Monsieur Pereur n’en montra rien.
« Le prix me parait correct. »
« Vous acceptez mon offre ? »
« Je vais vous donner trois comptes en banque. Vous partagerez la somme à parts égales. »
« Sans regrets ? »
« Je ne m’y vois pas sans Annabelle. »
Monsieur Pereur nota les comptes en banque de ses trois fils et signa le compromis de vente que Monsieur Latuile s’était empressé de préparer.
« Nous verrons pour la suite. Je vous suis infiniment reconnaissant, Monsieur Pereur. »
« Une chose encore, Monsieur Latuile, une chose importante ! »
« Je vous écoute ? »
« Ne changez rien !
Laissez tout comme si demain,
après-demain
ou dans un futur lointain,
quiconque ayant habité ces lieux
puisse un jour y revenir et s’installer
afin de vivre avec vous ! »
Sur cet étrange précepte, le notaire commença à regarder autour de lui. Monsieur Pereur continua :
« Vous y mettez vos meubles et vos tableaux et vos tapis, dans l’étagère vous remplacerez mes livres par les vôtres, mais vous ne changerez rien au lieu,
à son esprit,
ou devrais-je dire,
à ses esprits !
Annabelle et moi l’ont respecté, à vous d’en faire autant. »
Le notaire approuva d’un signe de tête et rangea les documents dans sa chemise avant de prendre congé. Les deux hommes se dirent au revoir.
Monsieur Pereur ferma la porte derrière le notaire avec un début de bonheur dans son cœur. Les roues dentées de son plan commençaient à s’engrener un peu malgré lui. Il n’avait toujours pas faim quand une énorme fatigue commença à l’accabler. Elle le guettait depuis un moment déjà et il ne l’avait pas vu venir. Au moment où il la sentit, il lui reprocha de lui avoir tendu une embuscade sournoise et insidieuse. Le vieux fauteuil en cuir brun foncé près de la cheminée accueillit ses os fatigués. Son habitude l’incita à tâter le livre ouvert et il mit ses lunettes de lecture. Mais la vue se brouilla prestement après seulement quelques mots et il s’endormit rapidement. La profondeur du sommeil l’aspira dans un gouffre abyssal avec une insistance et une virulence inouïe. Rien n’allait retenir sa descente au pays des pensées achevées, son voyage vers les chimères parfaites et sa croisière sur les vagues de l’imaginaire. L’effet narcotique qui allait le préserver pendant un long moment du monde présent fit qu’il rata le départ d’Annabelle portée avec délicatesse par Monsieur Delaplace et son assistant. Toutes les dispositions étant prises, les porteurs partirent en douceur évitant ainsi de réveiller Monsieur Pereur. Le corbillard s’en alla au ralenti sans même troubler le chant des oiseaux.

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toujours jamais (4)

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« Notre église a aussi besoin de vous. »
« Je comprends, mais ça n’a rien à voir. »
« Une donation ? »
« Annabelle ne l’aurait pas voulu. »
« C’est la tourmente du deuil qui vous fait réagir ainsi ? »
« Non, mon père, c’est la vie, la littérature, l’histoire et les sciences naturelles qui me font dire ça. Je ne vous en veux pas d’avoir essayé. Au revoir. »
Monsieur Pereur tourna la clé pour ouvrir la porte et entra dans la maison. Le curé jeta un coup d’œil à l’intérieur pour satisfaire sa curiosité. Monsieur Pereur ferma la porte derrière lui sans se retourner, puis observa le curé en chemin vers sa voiture. Avant d’ouvrir la porte du véhicule, il se retourna et fit le signe de croix pour bénir la maison et ses habitants.
« Au revoir », répéta Monsieur Pereur en l’observant, et puis « ou plutôt ‘adieu’, mon père. » Monsieur Pereur s’assit à la table et se rendit compte qu’il n’éprouvait aucune sensation de faim. Le plateau avec les tasses et les couverts pour le petit-déjeuner qu’Annabelle avait préparé la veille se trouvait toujours là. La tasse préférée d’Annabelle avec le portrait de Churchill et sa tasse préférée avec le bouledogue français. Tous les jours, Annabelle avait préparé le café. Le seul jour de sa vie où elle avait été malade, Monsieur Pereur avait assumé cette tâche. Pour lui remonter le moral, il avait inversé les tasses en disant qu’il n’avait guère constaté de différences, et ce en raison de la quasi similitude des portraits. Fervente admiratrice de l’ancien premier-ministre britannique, Annabelle n’avait guère apprécié cet écart et avait été furieuse contre son mari. Le fait qu’il avait trouvé sa blague excellente et en riait de bon cœur n’avait fait qu’accroître sa colère. C’était la seule et unique fois qu’il avait préparé le café. Il ne se rappela plus si sa femme ait pu tomber malade encore à d’autres reprises, mais il n’avait plus le droit de préparer le café. Un sourire soulageant échappa de ses lèvres. Quelle femme !
L’allée vers la maison s’assombrit quand l’énorme corbillard s’approcha de la maison. Monsieur Delaplace et son assistant sonnèrent à la porte et arrachèrent Monsieur Pereur de ses pensées.
« Bonjour Monsieur Pereur. Nous venons chercher Madame. »
« C’est l’heure ? »
« Oui Monsieur, malheureusement, c’est le moment. »
« Elle est en haut. »
« Avez-vous sorti quelques habits pour la préparer, Monsieur Pereur ? »
« Non, pas encore. Vous permettez que je vous précède ? »
D’un pas traînant, Monsieur Pereur monta l’escalier. Il entra dans la chambre à coucher comme on y entre pour éviter de réveiller celle ou celui qui y dort. Tout l’art d’ouvrir alors la porte consiste à connaître méticuleusement le mécanisme de la poignée et les bruits qu’il produit. Monsieur Pereur le connaissait très bien et évita ainsi le grincement de la poignée rotative – en la tirant vers lui – et le frottement de la porte sur le parquet – en la soulevant – le tout en un seul et même mouvement. Il l’avait appris quand il se déplaçait dans la maison pendant les longues nuits insomniaques pour protéger la somnolence d’Annabelle. Elle était toujours couchée dans le lit et n’avait pas changé de position, ce qui – dans l’absolu – était triste, mais – en réalité – avait une composante rassurante. Monsieur Pereur se dirigea ensuite vers l’armoire d’Annabelle et l’ouvrit. Il y trouva rapidement la belle robe fleurie qu’elle avait portée lors de leur dernière sortie au restaurant pour fêter l’anniversaire de mariage.
« Vous avez aussi besoin de chaussures ? »
« Oui, s’il vous plait. »
En bas de l’armoire se trouvaient les belles chaussures à talon qu’elle ne mettait que pour lui faire plaisir. Il choisit une paire de sandalettes blanches qui s’accordaient avec la robe et rajouta un collier et des boucles d’oreille.
« Ce n’est pas de trop ? » demanda-t-il timidement.
« Aucunement Monsieur Pereur. Il y a toutes les raisons pour que Madame soit belle lors de son dernier voyage. »
« Vous avez raison, Monsieur Delaplace. Je vous laisse faire. »
Il sortit de la chambre à coucher et l’assistant ferma la porte derrière lui. Il ne pouvait pas assister à ce spectacle.

2

 

 

Monsieur Pereur connaissait trop bien toutes les démarches à entreprendre. Depuis la mort de sa sœur, décédée beaucoup trop jeune, il avait enterré du beau monde et acquis une telle dextérité en la matière, que les membres de la famille et même les amis proches lui demandaient ses conseils. A chaque fois, cet algorithme détrousseur lui rappelait la disparition anticipée de sa sœur et lui arrachait la croute de l’immense plaie que son départ avait gravée dans son cœur. Même quarante années plus tard, il n’avait pas fini de surmonter cette perte douloureuse et lorsqu’il se rendit compte qu’il ne disposait pas d’une autre quarantaine d’années pour essayer de surmonter cet ultime adieu, il se mit à concocter son plan de révocation de deuil perpétuel. Le défilé incessant des intervenants professionnels de la désolation ne lui conférait pas beaucoup de marge, mais ne constituerait pas d’entrave à l’orchestration de ce suprême complot.

En descendant les marches, il entendit le téléphone sonner.
« Allo ? »
« Bonjour, nous parlons à Monsieur Pereur ? »
« C’est moi. »
« Bonjour, c’est monsieur Thibault du crématoire, je vous appelle pour la cérémonie. Demain onze heures cela vous va ? »
« Je n’aurais pas le temps de tout préparer comme il le faut. »
« Nous comprenons, Monsieur Pereur, mais après-demain c’est dimanche et l’institut est fermé. »
Monsieur Pereur se rendit alors compte que ses fils qui habitaient tous très loin, n’allaient pas pouvoir venir à temps. Bien que cette éventualité l’attrista dans un premier temps, il réalisa rapidement que l’absence des fils allait amplifier bougrement les chances de faire aboutir son plan.
« Bon, c’est ce qu’on va faire alors. Demain à onze heures. »
« Nous vous remercions pour votre compréhension, Monsieur Pereur. Vous faut-il des fleurs … ? »
« J’en apporterais moi-même. »
« … et quelle musique voulez-vous entendre ? »
« Charles Trenet – La mer. Vous l’avez ? »
« Bien-sûr Monsieur Pereur. Ce sera une cérémonie civile ou aimeriez-vous la présence d’un curé ? »
« Ça ira très bien sans curé. »
« Nous comprenons, Monsieur Pereur. Enfin, dernière question, avec combien de personnes pouvons-nous compter ? »
« Je viendrai seul. »
« Seul ? »
« Oui. »
« D’accord. À demain Monsieur Pereur. »
« À demain. »

toujours jamais (3)

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Sur son parcours vers l’arrêt de bus, il passa près de la maison Coste avec ses miroirs en façade qui descendaient jusqu’aux pavés et s’étonna de la triste silhouette que le reflet lui renvoyait. Les plis froissés et les coudes en lambeaux, la chute des épaules et les manches esquintées, et oui, les chaussures sans éclat avec les lacets qui se défaisaient souvent. Et s’il avait demandé si souvent à Annabelle de se faire belle, de mettre sa plus belle robe, ses plus hautes chaussures, d’aller chez le coiffeur et de se maquiller, si elle avait su à tout âge encore l’embobiner avec son charme, sa sensualité et sa féminité, il se devait d’admettre que sa piètre image dessinée sur la façade de la maison Coste était déplorable. Il se retourna un court moment vers l’institut Delaplace où il vit le gérant l’observer derrière la vitre, puis poussa la porte. Une sonnette allègre annonça son arrivée et une dame en tailleur jupe serrée lui souhaita la bienvenue.
« Que puis-je, cher Monsieur ? »
« Bonjour madame. »
Elle lui tendit la main en disant avec un air très important :
« Madame Coste, elle-même. »
Les lunettes de madame Coste remontaient dans les coins extérieurs et prononçaient le mouvement des sourcils ce qui, avec le menton pointu, rendait une géométrie triangulaire à son visage. Les lèvres minces portaient des traces de rouge à lèvre appliqué discrètement, tandis que les lourds bracelets aux poignets et les bagues imposantes qu’elle portait aux doigts osseux soulignaient son statut de patronne.
« Suivez-moi. »
Et puis :
« C’est à quelle occasion ? »
« Une cérémonie. »
« Oui bon, du tweed, de la soie, un smoking ou plutôt un complet-veston ? »
« Une cérémonie funéraire, madame. »
« Mon Dieu, je suis d’une indélicatesse ! Excusez-moi ! Votre épouse, je présume ? »
« Madame Pereur. »
« Mais oui, je me rappelle, elle venait souvent. C’est triste. Elle avait quel âge ? »
« Cinquante-sept. »
Madame Coste arqua un sourcil et froissa le front. Elle jeta un regard interrogatif à Monsieur Pereur.
« C’est l’âge que je lui ai donné. Son cœur s’est arrêté de battre et en même temps, elle a arrêté de respirer. Ce qui lui fut fatal. Puis le docteur Cercès est venu, mais c’était déjà trop tard. »
« Le docteur Cercès, oui, c’est un spécialiste. »
« Montrez-moi donc vos complet-vestons, s’il vous plait. »
Madame Coste emprunta un des longs couloirs garni de costumes et s’arrêta devant les complets noirs. Elle en sortit un pour le montrer à Monsieur Pereur.
« C’est un très bon rapport qualité-prix, Monsieur, un enterrement équivaut toujours à beaucoup de frais. Vous voulez une chemise et une cravate qui vont avec ? »
« Madame Coste, montrez-moi le plus beau et le plus cher de vos costumes ! »
Elle comprit tout de suite et rangea le complet avant de s‘avancer davantage dans ce long couloir.
« Regardez Monsieur Pereur, touchez, de la pure laine vierge, la meilleure qualité ! »
Après un long moment en cabine d’essayage, madame Coste fut obligée de constater que le costume choisi lui allait comme un gant.
« Parfait ! Aucune retouche à apporter. Je vais vous chercher des chemises. »
Elle mesura le tour du cou et s’en alla pour revenir avec une pile énorme de chemises blanches. Monsieur Pereur en essaya une seule et rajouta une cravate, impatient de repartir.
« Des chaussures ? »
« J’irais chez le cordonnier. »
« Le cordonnier ? Il n’y a plus de cordonnier. »
« Le magasin de chaussures alors. »
« Vous pouvez toujours revenir si vous ne trouvez pas ce qu’il vous faut, nous avons de très belles chaussures. »
Madame Coste écrit la facture à la main sur son bloc à double carbone et enfonça les boutons de sa caisse enregistreuse.
« Monsieur Pereur, en espérant que votre prochaine visite aura comme prétexte des circonstances plus joyeuses, je vous souhaite beaucoup de courage. »
Elle voulut l’embrasser, mais Monsieur Pereur avait mal évalué ce geste maladroit, et sa main tendue lui permit de garder la distance. Tandis qu’elle avortait sa tentative d’embrassade, il retira sa main.
« Au revoir. »
Le cordonnier avait abandonné son magasin depuis bien des années et quand Monsieur Pereur entra au magasin de chaussures qui avait repris l’enseigne, c’est une jeune femme qui vint vers lui. Un t-shirt moulant sortait de son jean délavé et fissuré à n’importe quel mouvement. Ses cheveux étaient fixés avec une pince au-dessus de la tête. Le chewing-gum ne rendait pas forcément plus d’éclat au personnage et sa façon d’entamer la conversation fut des plus directe.
« Qu’est-ce qu’il vous faut ? »
« Bonjour Mademoiselle, il me faut des chaussures noires. »
« Du noir, ouais, c’est pas très gai. »
« Pour un enterrement ça me va très bien, jeune dame. »
« Daim ? Cuir ? Laque ? »
« Les plus belles et les plus chères. »
« ‘faut quand-même qu’elles soient confortables, les pompes, ça dure toujours très longtemps les enterrements. Je me rappelle quand ma grand-mère a été enterrée, ça a duré une éternité. J’avais mal aux pieds dans mes Converse parce que ça n’a presque pas de semelle, vous comprenez ? »
Monsieur Pereur la trouvait bien joyeuse avec ses cheveux qui ondulaient d’un côté puis de l’autre.
« La pointure ? »
« Je chausse du quarante-deux, mademoiselle. »
« Karen ! Appelez-moi Karen. Tout le monde m’appelle Karen. »
« D’accord. Karen. »
« Attendez-moi ici, j’arrive. »
Monsieur Pereur observa Karen tandis qu’elle s’étirait pour atteindre les cartons logés au sommet d’une immense pile. Elle revint avec une demi-douzaine de paires des plus belles et des plus chères chaussures du magasin.
« J’ai pas trouvé plus cher ! »
Elle était fière d’elle.
Monsieur Pereur s’assit et commença à essayer les chaussures. Son choix se porta sur une très belle paire noire brillant Emling.
« Quatre cents quatre-vingts ! Non, attendez … si, putain, j’ai encore jamais vu des pompes à ce prix-là. J’ savais même pas qu’on en avait des si chères dans le magasin. Eh ben.»
« Vous m’avez très bien conseillé, Karen. »
« Avec la boîte ? »
« Merci, ça ira très bien sans la boîte. »
Karen ne savait pas très bien comment poser la question à Monsieur Pereur, puis elle continua sur sa lancée.
« C’est vot’ femme ? »
« Annabelle. Oui, mon épouse. Son cœur ne bat plus.»
« Triste ça. C’est la vie. »
« C’est la mort, Mademoiselle Karen, c’est la mort ! »
« Au-revoir. »
Un peu trop chargé de ses nombreux sacs, Monsieur Pereur décida de ne pas rentrer en bus et fit signe au premier taxi. Le chauffeur sauta du véhicule pour ouvrir le coffre et ranger les achats de Monsieur Pereur. Puis il lui ouvrit la porte arrière et lui demanda de s’asseoir.
« On fait du shopping ? »
Il démarra le taximètre et commença à rouler lentement avant de demander :
« On va où ? »
« J’aimerais rentrer chez moi au Bibos. »
« Au Bibos ? »
« Oui, direction Saint-Aubin, je vous dirais quand on arrive. »
« On peut plus aller en bus là-haut ? »
« Si, si, mais je suis trop chargé avec mes achats. Ce à quoi il faut penser, c’est énorme. Le cercueil, l’urne, le costume, les chaussures… »
« Ah, vous êtes un jeune veuf ? »
« La nuit passée, elle a arrêté de respirer et puis son cœur aussi, son cœur a arrêté de battre. Ou l’inverse. C’est selon. Le docteur Cercès disait que ça s’est passé en même temps. L’arrêt du cœur et la respiration, ce qui lui fut fatal. »
« Le docteur Cercès ? On l’a appelé quand mon père est mort. C’est un spécialiste ! »
« Vous tournez à droite et puis la montée après le passage à niveau s’il vous plait. »
« On passe à côté du cimetière ? »
« Oui, Monsieur, effectivement, mais je n’en aurai pas besoin. »
En s’approchant de la maison, une vieille voiture était garée près de l’entrée et un homme tout vêtu de noir faisait les cents pas. Monsieur Pereur paya et le chauffeur de taxi lui déposa ses achats près de la porte d’entrée. L’homme vêtu de noir s’approcha à grands pas et d’une voix sombre et cléricale se présenta :
« Bonjour mon fils, que Dieu soit avec vous ! Je suis le père Laval. »
« Bonjour. »
Et puis avant même que le curé ne continue, Monsieur Pereur lui adressa la parole :
« Je vais couper court à votre démarche volontaire, mon père, mais ni moi, ni mon épouse ne sommes croyants. »
« Mais ce n’est pas important, mon fils, je vous offre mes services et ceux de mon église. Notre communauté se déclare prête à vous accueillir au sein de notre paroisse pour permettre à votre épouse de regagner le paradis. »
« Elle y est déjà, mon père. Regardez autour de vous comme les fleurs sont belles. C’est Annabelle qui les a plantés. »
« Il faut bien des volontaires qui porteront le cercueil, et puis, notre cimetière réserve encore bien des emplacements libres. »
« Annabelle a choisi l’incinération. »

Cathy Clement: Stroosseverkéier an Handy

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Foto: Pinterest/Bild.de

D’Thematik vun dësem Text ass seriö – a leider topaktuell.
Et geet ëm d’Sécherheet op eise Stroossen – an ëm den Handy.
Mir wëssen ewéi geféierlech déi zwou Saachen zesummen sinn, dat hält awer net jiddereen dovunner of, och d’Fanger während dem Fueren vum Handy ze loossen.

Dat ass onverantwortlech a schwäigeféierlech.
Ech hu kee Führerschäin, ech si just Bäifuerer, mä ganz éierlech?
Wann ech gesinn, wat op eise Stroosse lass ass, kréien ech gro Hoer.
Dat läit net nëmmen um Handy, leider ass mir och opgefall, dass och de Winker seele benotzt gëtt, Weeër geschnidde ginn, Kéiere riicht geholl ginn, asw, …
Dat muss net sinn – fuert ordentlech.
Handy ewech, d’Hänn op d’Steierrad.
A wann Dir Iech onsécher sidd – de Code de route kann hëllefen.
Passt op Iech op, an denkt un Äer Matmënschen!


Smartphone vs. Straßenverkehr

Facebook Juni 2018:
Eine junge Frau fährt ihr Auto mit erhöhter Geschwindigkeit und singt dabei ein neues, von ihr erfundenes Lied zu einer altbekannten Melodie. Ihr Video wird in wenigen Stunden 250 Mal geteilt, erzielt über 20000 Aufrufe, und fast 200 Facebook-Glückwunsch-Kommentare. Alle finden den Song super, weil es darum geht, was die deutsche Mannschaft nun tun wird, nachdem sie vom erneuten WM-Sieg-Traum vorzeitig Abschied nehmen musste. Daumen hoch, weiter so…Herzchen, Küsse, Hände-zusammen-Klatsch-Smileys. Alle sind hellauf begeistert. Außer ein paar wenigen „Spielverderbern“. Diese schreiben: „Kuck opt Strooss!“
Was mich, sowie andere Eher-Negativ-Stimmen, an diesem scheinbar harmlosen Filmchen stört, ist, dass die Sängerin den Text während des Fahrens vom Schoß abliest und es so aussieht, als ob sie sich dazu noch selber filmt. Eine ganze Minute lang. So, nun bin auch eine von denen, die immer alles zu eng sehen und stehe dazu.
In den Kommentaren schreibt die Sängerin am nächsten Tag, sie habe sich gar nicht selbst gefilmt, doch das ist nicht der Knackpunkt. Ich möchte sie nicht anprangern, sondern vielmehr nehme ich ihr Video als überfälligen Anlass mir über diesen Trend Gedanken zu machen.
Wieso wurde dieses Lied im Auto während des Fahrens aufgezeichnet und in dieser Form auf Facebook hochgeladen? Wie viele der jungen Menschen, die dieses Video teilen, stellen den Aufzeichnungsort überhaupt nicht in Frage, weil das „normal“ und sogar „cool“ geworden ist? Wie oft und zu welchen Zwecken benutzen wir unser Smartphone im Verkehr und was sind die Gefahren?
Ich persönlich finde das mittlerweile sehr gefährlich und dies ist einer der Punkte, der mir irgendwie sehr am Herzen liegt. Deshalb dieser Artikel. Nicht nur, weil ich nun Motorrad fahre und mir immer wieder jemand auf meiner Straßenseite entgegenkommt, weil er so abgelenkt von dem ist, was gerade in seinem Schoß geschieht. Und damit meine ich nun nichts Versautes.
Wer viel auf unseren Straßen unterwegs ist, bemerkt leider immer öfter, dass Autos schlängeln oder ruckartig gefahren werden. Das Handy in der Hand ist sicher oft ein Auslöser dafür.
Es wäre nicht so schlimm und es sei ja meistens nur ein kurzes „aufs-Handy-schielen“, es entsperren, lesen, antworten…und die meisten Worte gäbe das Smartphone ja schon von alleine vor…gehe alles ganz schnell…und es würde mich ja eigentlich nicht die Bohne interessieren, wenn es nicht tatsächlich blutig enden könnte.
Gottseidank konnte ich bisher noch immer ausweichen, weil ich langsam genug fuhr oder einfach Glück hatte und die Person im Auto in letzter Sekunde ihren Wagen doch noch herübergerissen hat.
Ich möchte nicht sterben oder eine Behinderung erleiden, nur weil Deutschland die WM nicht gewonnen hat oder damit Paul in genau dieser Minute weiß, dass Mina 5 Minuten Verspätung hat. Ich möchte nicht leiden, nur weil Anna einen Liter Milch und 2 marinierte Jägerschnitzel braucht. Oder weil Tommy gestern Abend so betrunken war und sich bestimmt nicht mehr an sein Rumgemache mit Juliana erinnern kann.
Ich kann total verstehen, dass Juliana traurig ist, weil Tommy sich nicht meldet und dass es von Stunde zu Stunde schlimmer wird – ja, geradezu kaum mehr auszuhalten ist. Ich weiß aber- auch aus eigener Erfahrung- dass es keine realistische Verbindung gibt zwischen Tommys Meldungs-Wahrscheinlichkeit und dem Öffnen des Nachrichtenprogrammes.
Ich will nicht umgefahren werden und mir das Halsgenick mit einem lauten Knacken brechen, nur weil Tommy heute Morgen bei Johanna aufgewacht ist und sich auch das nicht mehr erklären kann. Das soll Tommys Problem sein und nicht meins. Und schon gar nicht das meiner Familie und Freunde.
Ich wünsche und allen mehr Sicherheit im Straßenverkehr. Mehr Aufklärungskampagnen mit Simulatoren um vor allem Autofahrern zu vermitteln, wie sehr man durch Selfies oder Filmen beim Autofahren abgelenkt wird.
Auf der Autobahn steht schon als Warnung, dass 2018 in Luxemburg 7 Motorradfahrer gestorben sind. Heute Abend muss diese Anzeige leider geändert werden. Es sind nun 8.
Als Autofahrer bemerke ich auf einer kurvenreichen Straße eventuell gar nicht, dass ich den Motorradfahrer so aus seinem Gleichgewicht gebracht habe, dass dieser stürzt und stirbt. Ich lasse die Kurve hinter mir und so vielleicht auch den Unfall, den ich nicht einmal sehe.
Gottseidank bemerke ich das alles dann gar nicht, denn ich vermag mir nicht vorzustellen, wie ich so weiterleben könnte. Wenn ich ein Menschenleben auf dem Gewissen hätte wegen einer bescheuerten Textnachricht oder einem Selfie mit Hasenzähnen und putzigen Hängeohren. Wenn ein Kind nie wieder von seinem Vater beim Training angefeuert werden kann oder wenn es nie wieder einen Geburtstagskuchen von Mama mit zur Schule nehmen wird. Wenn keiner mehr da ist, um ihm beizubringen, wie man Schuhe bindet oder Hunde wäscht. Wenn Eltern sich nie mehr über ein mittelmäßiges Zeugnis freuen dürfen. Wenn jemand das WM-Finale nicht mehr mit seinem Partner zusammen sehen kann, obwohl ihr beider Favorit gewinnt.
Für jedes entgegenkommende Fahrzeug ist es einfach nur unglaublich gefährlich, wenn der Gegenverkehr abgelenkt ist und auf die andere Seite gerät.
Aber auch als Fußgänger ist man durch das Benutzen von Smartphones im Straßenverkehr in Lebensgefahr und oft genug trägt man selbst Schuld daran. Diese süßen Robbenbabys im Kölner Zoo; der dicke Mann auf dem Trainingsgerät; der Junge, der voller Wut mit der Faust durch seinen Bildschirm schlägt…es gibt so viele Filme und man hat einfach zu wenig Zeit sie alle zuhause anzusehen.
Unsere Smartphones begleiten uns überall und wir sind uns größtenteils überhaupt nicht bewusst, wie oft wie diese anklicken. Und vor allem, in welchen Situationen. Beim Überqueren einer normalerweise ruhigen Straße, bei Grün auf dem Zebrastreifen oder wenn wir mit unseren Hunden auf Feld- oder Radwegen wandern. Auf dem Weg zur Schule noch schnell den Messenger checken oder ein Selfie posten, weil heute diese schwierige Matheprüfung ist und man doch nichts gelernt hat.
Die sozialen Medien sind bereits überschwemmt von Aufklärungsfilmchen zu genau dieser Problematik. Mein „Lieblings-video“ dieser Art wurde vor ein paar Jahren von der Schweizer Polizei gedreht. Ich würde mir wünschen, Sie würden folgenden Link einmal aufrufen. Dieses Video hat alles, was ein Sensibilisierungsfilm für junge Menschen haben muss.

Oder bei Youtube: „Polizei Schweiz Schockvideo“ eingeben. Aber bitte im Sitzen. Auf dem Beifahrersitz.
Immer mehr Fußgänger werden angefahren und es ist mir ein Anliegen, dass unsere Ministerien in Zusammenarbeit mit den Schulen eine besonders an die Jugend angepasste Sensibilisierungs-Strategie entwickeln, mit der sie die jungen Leute auch wirklich erreichen. Pro-Forma reicht nicht mehr. Es muss wachrütteln und verändern. Auch den Eltern sollte bewusst gemacht werden, wie stark ihre Vorbildfunktion ist und dass es NUR Nutzen hat, das Handy im Auto oder beim Spazieren in der Tasche zu lassen.
Ich benutze mein Handy nun weniger und bewusster und siehe da: Ich lebe noch! Ja, ich fühle mich sogar besser! Und ich möchte auch, dass das so bleibt. Für mich und alle Beteiligten im Straßenverkehr. Jeder von uns trägt doch Verantwortung für sein Tun. Und auf die Kleinen müssen WIR ZUSAMMEN acht geben.
Auch, wenn unsere Regierung solche Kampagnen momentan noch nicht als Priorität behandelt, so kann doch jeder Einzelne schon ganz viel tun. Und daran wollte ich Sie erinnern. Jeder kann etwas bewirken, etwas verändern, damit unsere Welt für andere sicherer wird. Es liegt in unserer Hand. DANKE.
Cathy Clement, Bettel

 

 

 

 

Cosimo D. Suglia: Red River

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De Cosimo D. Suglia huet 23 Joer a studéiert englesch Literatur a Linguistik hei zu Lëtzebuerg.
Hien huet d’Welt vum Liesen a Schreiwen spéit fir sech entdeckt, dofir saugt hien elo alles ok, ewéi ee Schwamm.
Weider Interessen vum Cosimo sinn Video-Spiller, Filmer a Mangaen.
Bei New Literary Voices ass hien och aktiv.
Mam ‚Science Fiction and Fantasy Society Luxembourg‘ ass hien dacks als Volontaire ënnerwee.
Dat besonnescht u sengem Text ass d’Gréisst – oder villméi d’Kierzt.
Dës Schreifform nennt sech Microfiction.


Red river

The sun radiates her mid-summer heat through the multitude of green leaves. The branches are visited by telling birds and the light blue river flows sedately.
Two ragged men face each other. The two of them clothed lightly. Sharp steel attached on their hips. Their eyes meet. A piercing sound penetrates the forest.
The sun radiates her mid-summer heat through the multitude of green leaves. The branches have heard many stories from their visitors and the red river flows sedately.

(Text: Cosimo D. Suglia)

 

 

 

toujours jamais (2)

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Monsieur Pereur se leva et descendit à la cuisine. Il se dirigea vers le téléphone et composa un numéro.
« Docteur ? C’est Monsieur Pereur. Vous pouvez venir ? C’est pour madame. »
« Qu’est-ce qu’elle a votre madame, j’espère rien de grave. »
« Je crains que si. Venez. Venez vite. »
Le temps de s’habiller et le docteur sonna à la porte.
« Docteur Cercès, merci d’être venu si vite. Elle est en haut. »
Monsieur Pereur suivit le docteur à l’étage. Le docteur chercha à trouver le pouls d’Annabelle, puis sortit de son sac d’autres ustensiles de vérification. Ce faisant, le petit homme lourd écrasait le matelas et Monsieur Pereur, de peur qu’il aille trop déranger les couettes, se rapprocha pour mieux voir.
« Chut ! »
Le docteur fit signe de ne faire aucun bruit pendant qu’il écoutait son stéthoscope. Puis il secoua la tête.
« Non. Désolé. Non. Plus rien. »
Monsieur Pereur tenta une dernière rébellion.
« Elle dort sans respirer ! »
« Son cœur a arrêté de battre. »
« Quand je lui ai dit que je l’aimais, elle a pleuré. »
« C’est une réaction du corps. »
« Son corps réagit ? »
« Son corps. C’est tout. Elle est partie. Son âme est partie. »
« Elle ne peut pas être loin. Parlons moins fort. »
Le docteur Cercès se leva et remballa ses instruments. Il tendit sa main à Monsieur Pereur.
« Mes condoléances. »
Monsieur Pereur lui serrait la main.
« Elle s’est plainte de quelque chose en consultation ? »
« Non. Pas vraiment. Sauf qu’elle se réveillait parfois la nuit, qu’elle écoutait son cœur, et qu’elle ne l’entendait pas. »
« Et vous n’avez rien fait ? »
« Ce n’est pas inhabituel. Elle se consolait en disant qu’elle entendait le vôtre. »
« Elle entendait mon cœur ? »
« Oui. Et puis elle disait que si elle entendait votre cœur, cela signifiait que vous l’aimiez. »
« Et puis elle a arrêté de respirer. »
« En même temps. Ça s’est passé en même temps. Elle s’est éteinte pendant le sommeil. »
« Mais on voulait le faire ensemble. »
« Quoi ? »
« Mourir. »
Puis les deux hommes échangèrent un long silence, tellement long qu’il devint inconfortable. Le docteur le rompit en proposant de rédiger le certificat de décès.
« J’ai besoin d’un titre d’identité pour établir le certificat de décès. »
« On en est là ? »
« Oui Monsieur Pereur. Il le faut. »
« Mais vous pouvez établir ce genre de document ? »
« C’est même devenu ma spécialité. »
Monsieur Pereur se dut d’organiser l’enterrement. Il se rendit en ville aux pompes funèbres Delaplace. Dans la pièce qui l’accueillit, un homme aux trais graves vêtu d’un costume sombre lui demanda de s’asseoir. Ses cheveux noirs laqués peignés en arrière, les rides profondes qui labouraient ses larges joues, les énormes poches sous ses yeux et le regard rempli de tristesse lui conféraient l’image du fossoyeur sicilien issu d’un mauvais film noir.
« Monsieur Pereur, permettez-moi, en mon nom personnel et au nom de notre institut, de vous exprimer nos plus profondes condoléances. Notre tâche est de vous accompagner lors de ce chemin douloureux et de tout entreprendre pour vous le faciliter. Votre tristesse est la nôtre. »
Sur ces derniers mots, il s’inclina.
« Mais je ne suis pas triste. » Monsieur Pereur observa son interlocuteur.
« Excusez-moi, Monsieur Pereur, vous venez de perdre votre épouse. »
« Oui ! Et c’est la première fois dans ma vie que je peux vraiment m’occuper d’elle. Vous comprenez ? Toute ma vie, elle m’a comblé et maintenant c’est mon tour. Je sais que cela vous paraitra étrange, mais je suis content qu’elle me laisse faire. »
« D’accord Monsieur Pereur, veuillez à nouveau m’excuser, mais jamais encore en ces circonstances, je n’ai entendu un tel discours. »
Il se leva et pria Monsieur Pereur dans la pièce à côté où les cercueils étaient exposés.
« Je vais vous laisser, faites votre choix en toute quiétude. »
« Monsieur Delaplace, mon choix est fait, lui répondit Monsieur Pereur, le plus beau et le plus cher des cercueils fera l’affaire. »
Monsieur Delaplace fronça les sourcils.
« La cérémonie aura lieu dans quelle église ? »
« Au crématoire. Mon épouse l’a voulu ainsi. »
« Mais alors, Monsieur Pereur, si vous le permettez, il n’y a pas lieu de choisir le plus beau et le plus cher des cercueils, puisqu’il va être brûlé ! »
« Peu importe. C’est son dernier chemin. Je ferais tout pour le lui rendre le plus agréable possible. »
« Enfin, Monsieur Pereur, on fera de la sorte, mais je tenais à vous rendre attentif de ce fait. Il est bien dommage de faire ce sacrifice alors qu’il ne sert à rien. »
« Le sacrifice, c’est de l’avoir perdue, le sacrifice, c’est de la laisser partir avant moi, le sacrifice, c’est de ne plus pouvoir respecter l’engagement qu’on avait pris de le faire ensemble, de mourir ensemble, de s’offrir ce dernier témoignage d’amour et de complicité, le sacrifice, cher Monsieur, vous y voyez votre fonds de commerce et c’est très bien ainsi. Quelqu’un doit le faire et je suis venu chez vous pour que vous le fassiez. C’est votre spécialité. »
Monsieur Delaplace l’avait écouté sans dire un mot.
« Mais alors il vous faut également une urne ? »
« La plus belle et la plus chère. »
« Je vous remercie pour votre confiance… » était tout ce qu’il parvint à répondre, avant de continuer :
« Veuillez passer au bureau à nouveau pour les papiers. Est-ce qu’il vous faut autre chose ? Des fleurs … ? »
« J’irais en cueillir moi-même dans le jardin … »
« Des gerbes … ? »
« Non merci… »
« Des remerciements imprimés … ? »
« Je les écrirais à la main … »
« Le prêt d’un costume … ? »
« Qu’est-ce que vous reprochez au mien ? »
« Il est très bien, Monsieur Pereur, mais peut-être un peu vieux et usé. J’avais remarqué vos chaussures aussi. Vous y avez pensé ? »
« Non, pas vraiment, je n’ai pas pensé au costume, je n’ai pas pensé aux chaussures, j’ai pensé, je pense à Annabelle. »
« Vous n’êtes pas obligé de vous décider maintenant. »
« Je ne suis pas obligé de penser à tout ça du tout, Monsieur. »
Monsieur Pereur signa les documents et s’en alla, un peu désabusé, mais content que pour une fois, il n’avait pas pensé qu’à lui.

 

Maxime Weber: Belair

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Credits: Jana Rot (IG: twigsofthyme)

De Maxime Weber huet 24 Joer, hie mécht grad säi Master an der Philosophie un der FU zu Berlin.

 

 

 

Fir seng Kuerzgeschicht ‚Chaudron fêlé‘ huet hien 2016 den éischte Präis beim Prix Laurence an der Alterskategorie 18-26 gewonnen.
Hien schreift am léifsten Prosa, verfaasst awer och Songtexter an Gedichter.


Belair

A mind rustles in the wind,
Grazing suburban faces

Youth wanders in awe,
Cracking snow in a nightly garden

Streets undulate in the afternoon sun,
Gyrating about a little shop

A gaze climbs up to the crest of the rocks,
While playing by the pond in the park

Lichen thrives inside of my head,
Engraving the names of all those lost on the way

(Text: Maxime Weber)

 

Danielle Schartz: Eleng ënner villen

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Eleng ënner villen – d’Danielle huet dësen Text geschriwwen.
Hatt huet 39 Joer, schafft mat Jonken zesummen, interesséiert sech fir d’Liesen, d’Natur a seng Muppen.

Eleng ënner villen

„Wëlls De, dass ech mat Dir ginn?“
„Nee op kee Fall, ech muss do eleng doduerch. Merci awer.“ Meng Stëmm kléngt méi motzeg wéi meng Gefiller et eigentlich sinn.
Dee Bléck, dee matleedege Bléck, deen alles duerchdréngt, mécht dat Ganzt nëmmen nach schlëmmer. Ech hat mer grad ageried, dass ech déi schäiss Angscht ënnerdréckt kritt hätt a lo rappt meng Mamm nees alles op. All eenzelt Wuert duerchdréngt meng Haut wéi bläie Projektiller, dobäi mengt se et nëmme gutt. Ech weess dat, kréien et awer trotz allem net a mäi Kapp.

Opsässeg war ech ni, mee am Moment kréien ech et leider oft net ënnerdréckt dach méi staark op meng Mamm ze reagéieren, wéi ech et u sech selwer wëll a wéi si et och verdéngt huet.

Ech hunn eigentlech wonnerbar Elteren, hat eng glécklech Kandheet, et feelt mer un näischt an dach feelt et mir un allem, u Gebuergenheet, u feste Repèren, u Frënn …
Ech fille mech alleng, obwuel ech et net sinn.
Meng Mamm oder meng Schwëster wuselen ëmmer em mech rëm, wann ech doheem sinn an dach fillen ech mech grad dann oft ausgeschloss.
Nodeems meng Schwëster d’Hope op d’Welt komm ass, huet sech a menger Famill alles op ee Schlag geännert.
Den Numm Hope ass Programm a beschreift an engem Wuert, wéi meng Elteren ticken. Hiren Optimismus an hir Liewensfreed drécke sech an engem eenzege Wuert aus. Fir all aner Eltere wier d’Welt zesumme gebrach, wéi meng Schwëster net nëmme vill ze fréi, mee och nach behënnert op d’Welt komm ass. Fir meng net, si hunn dee klenge Mënsch mat oppenen Äerm an eiser Famill begréisst.

Mäin Numm ass iwwregens Samira. A wann s De Der lo eng orientalesch Schéinheet, mat décken däischtere Krauselen a smaragdgréngen An erwaart hues, da muss ech Dech leider enttäuschen. Ech si Stacklëtzebuerger, sinn awer och d’Produkt vu romantesche Flitterwochen a Syrien. Meng Eltere sti scheinbar op bedeutungsschwanger Nimm. Pardon fir dee kitschegen Ausdrock, mee säit mäin Däitschproff en am Cours fale gelooss huet, assoziéieren ech eis Nimm ëmer mat deem blöden Adjektiv. U mir ass alles onopfälleg, ech hunn hellbrong Fliichten, eng bleech Haut mat ville Sommersprossen an hieselnëssbrong An. Ech hunn zwee gesond Been, net wéi meng Schwéster, wat säi kuerzt Liewen un de Rollstull gefesselt bleiwe wäert.
Eigentlech misst ech mech trotz allem glécklech schätzen, an dach geléngt et mer net.

Op en Neies muss ech mech nämlech an enger mir komplett friemer Welt zurechtfannen. Nees si mer geplënnert fir menger klenger Schwëster ee besseren Zougang zu wichtege medizinesche Betreiungsstrukturen ze erméiglechen. Hatt kann näischt dofir, mee heiansdo wéilt ech, hatt wier ni gebuer. Déi permanent Onzefriddenheet a Roserei zerrappt mech. Ech si rose mat mengen Elteren, mat menger Schwëster a virun allem mat mir selwer.

Ech vermësse meng al Frënn, eist Haus an haaptsächlech nach ëmmer mäi Papp. Nodeems d’Hope op d’Welt komm ass, huet hie mech ëmmer nees opgefaang, wann ech mech iwwerflësseg gespuert hunn. Meng kleng Schwëster huet d’Opmierksamkeet vu mengen Elteren, virun allem awer déi vu menger Mamm fërmlech opgesuckelt, wéi eng Zeck oder ee klenge Vampir. Fir hinnen net och nach zur Laascht ze falen, hunn ech mech komplett a mäi Schleekenhaus zréckgezunn an hu mech mëttlerweil selwer dobäi verluer.

Ech weess net, wat schlëmmer ass, wann ech mat menger Schwëster ënnerwee sinn. Déi gaffend Blécker wéinst sengem Ausgesinn oder dass ech permanent iwwersinn oder nach schlëmmer zuweilen och bedauert ginn. Wéi oft hunn d’Leit mir schon op d’Schëller geklappt, wéi verstänneg an erwuessen ech dach wier. Leider ass dat alles aneschteres wéi ee Kompliment fir mech, mee eng traureg Gewëssheet. Meng onbeschwéiert Kandheet war riwwer, wéi dem Hope seng ugefaang huet.

Wéi mäi Papp nach bei eis gelieft huet, huet hien ëmmer dorobber geuecht, dass hien, wann och just sporadesch, ganz besonnesch Momenter mat mir verbruecht huet. Hien huet gespuert, wéi zeréckgesat ech mech op eemol gefillt hunn an en hat Versteesdemech fir meng Situatioun.

Lo verbrénge mer just nach déi zwee Méint an der grousser Vakanz zesummen a jabele mat sengem ale, klapprege Camper uechtert d’Welt. Dat Gléck, wat ech an där Zäit verspieren, ass onbeschreiflech. Ech fille mech nees wéi fréier, sou onbeschwéiert, sou gebuergen.
Mäi Papp dréit mech op Hänn, sou wéi en och ëmmer meng Mamm op Hänn gedroen huet, mee d’Hope huet och hir Opmierksamkeet him géigeniwwer ganz ofgezwackt a fir sech an Usproch geholl.
All Versuch als Famill zesumme flott a spannend Momenter ze genéissen, huet meng Mamm mat Hänn a Féiss ofgewiert. Net aus Egoismus, mee aus Angscht, dass et dem klengen zerbriechlechen Hope ze vill géif ginn. Si huet hatt permanent wéi eng Hingermamm ënnert hir Fittecher geholl a si versicht nach haut hatt virun all Iwwel op der Welt ze beschützen.
Dobäi huet si hir Wierder fir mäi Papp a fir mech verluer. Déi Sproochlosegkeet huet mäi Papp schliesslech fortgedriwwen, well e seng Plaz net méi fonnt huet tëschent oder mat hinnen. Ech soen net eis, well ech fille mech genausou am Abseits wéi hien dat fir sech selwer wouergeholl huet.

Ech fille mech sou egoistesch mat mengem Gejéimers, mee lo wou ech guer kee méi hunn, bei deem ech mech als Mënsch wichteg spieren, ass dat Ganzt nach vill méi erdréckend.

A menger neier Schoul hunn ech nach keng nei Frënn fonnt. Si begréisse mech all fein, loosse mech awer alleng am Schoulhaff stoen oder awer an der Klass sëtzen. Ech sinn eng relativ gutt Schülerin. Ech bereede mech ëmmer vir, schreiwen uerdentlech Prüfungen, melle mech awer ni am Cours, fir nëmmen net opzefalen. Et geléngt mer nawell gutt, wéi ech zu mengem Erschrecken hu misse feststellen. Dës läscht hunn ech wéinst enger Bronchite dräi Deeg gefehlt. Et war mol kengem opgefall. Kanns de dir dat virstellen? Ech sinn iwwerall sou onwichteg, dass et egal ass, ob ech do sinn oder net. Et mierkt souwisou keen.

Ech weess net, ob et un der Pubertéit läit, mee déi läscht Zeit reiwen ech mech ëmmer méi u menger Mamm. Ass et vläicht awer ee „Schrei nach Liebe“ wéi d‘Ärzte sangen oder ginn ech just altersbedéngt verbruet? Keng Ahnung. Et nervt mech jo selwer, mee ech hu mech munchmol einfach net méi am Grëff.

(Text: Danielle Schartz)

Pascal Debra: Achilles

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De Pascal Debra ass ee lëtzebuergeschen Schrëftsteller, hien schreift seng Bicher op Däitsch.

Hien huet Philosophie an däitsch Literatur studéiert.
Seng Buchtitelen sinn aussergewéinlech, genee wéi d’Texter selwer.
Säi Buch ‚Die Evolution des Skorpions‘ huet mech begeeschtert, de Roman ‚Die Pathologie der Liebe‘ hunn ech nach viru mir.

Dësen Text ass een Auszuch aus sengem Roman ‚Achilles‘, deen am Summer 2018 verëffentlecht gëtt!

Achilles

„Wir sehen in der Totalen, aus dem Weiß eingeblendet den Wüstensand der Mojave. Links eine Straße auf der nur in der Ferne ein blaues Auto verschwindet. Dann wiederum Stille, aber keine Mute-Stille sondern einfache natürliche, echte und ursprüngliche Stille. Es gibt hier keine großen Menschenansammlungen die für Unruhe hätten sorgen können. Hier gibt es nur vereinzelt Menschen. Der blaue Himmel strahlt in der Totalen und in Ultra-HD so blau als hätte man ihn nachbearbeitet, als hätte man ihn digital retuschiert, aber dem ist nicht so.
Ein Lightroombild erster Klasse.
Natürlich hört man nicht nichts.
Man hört leicht den Wind und das Knarren eines alten Schildes, das verloren in der Sonne glüht und steht und nichts anzeigt außer einem Pfeil, der weit nach draußen zeigt. Rechts kurz hinter dem nichtexistierenden Bordstein, da die Straße ohne Übergang direkt abfällt, sich mit dem Sand zur Wüste hin vermischt, liegen drei abgenutzte LKW-Reifen. Warum keine vier? Das Schild nun aber zeigt scheinbar auf die gesamte Wüste, ein unsinniger, stummer Witz in seiner simplen, unansehnlichen, tumben und von der Sonne verwitterten Darstellung.
Am Schild scheint man Schießübungen veranstaltet zu haben.“

Pascal Debra. Achilles. Publikationstermin Sommer 2018.

Jos Kayser: toujours jamais (1)

Jos Kayser

De Jos Kayser huet 2017 mat ‚Prinzessin Charlotte‘ säin éischt Buch geschriwwen. An där Geschicht geet et, ënnert anerem ëm Mëssbrauch, Relioun, Gleewhaftegkeet a Friede, Freude, Eierkuchen.
Am Mee 2018 koum säin zweet Buch ‚D’Bomi ass dout‘ eraus. Béid Bicher goufen vun den Editions Schortgen editéiert.
Fir d’Onverëffentlecht Säit huet hien mir ee richteg, klenge, grousse Schatz zoukomme gelooss …
Toujours jamais ass ee récit poétique, ech wäert Iech elo wöchentlech een Deel dervun zoukomme loossen.


Genéisst et, ‚t ass der Wäert!



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pour Josée

                                                                          1

Monsieur Pereur se réveilla un matin, sans raison pensait-il dans les premiers instants de son éveil. Depuis la retraite, il ne mettait plus le réveil. L’odeur du café le faisait régulièrement sortir de ses beaux rêves, s’il en faisait, ainsi que le tintement des couverts et des tasses sur le plateau qu’amenait son épouse près du lit pour prendre le petit-déjeuner. Un bâillement chassa passagèrement ses rides avant que la machine à penser ne se mette en marche. Le soleil projeta le petit-bois sur le mur blanc quand Monsieur Pereur ouvrit d’abord un œil, celui de droite puisqu’il était couché sur son côté gauche. L’autre œil était enfoui dans l’oreiller douillet. Sans ses lunettes, il devina les aiguilles de sa montre et constata la journée déjà bien entamée. Quelle fut donc la raison de ce sommeil profond ? Il interrogea ses alentours et trouva un coupable dans le duvet doux et enveloppant, l’ayant préservé de la brise parfumée diffusée depuis la fenêtre entrouverte donnant sur le jardin fleuri. Était-ce une raison suffisante permettant de résoudre l’énigme de ce réveil très particulier, étrangement mystérieux et pesant ? Monsieur Pereur continua à chercher et se rappela du clocher qui se retrouvait sans ses bronzes depuis le dernier orage et dont le carillon lui servait parfois à mesurer les interludes. Couchés comme des petites cuillères serrées l’un contre l’autre, l’étreinte amoureuse avec son épouse protégeait son dos fragile. Quand, soudainement, il se rendit compte qu’il manquait un élément essentiel à ce collage de corps. Il renia d’abord le plus flagrant des manquements qu’il pouvait regretter et étudia le dilemme auquel il se confronta pendant un long moment. Indubitablement, il ne sentait pas les cheveux courts de sa nuque se relever avec le souffle chaud de son épouse. Or, elle était proche, tellement proche de lui, enveloppée autour de son torse, qu’il eut été impossible de manquer ce doux témoin de son haleine. Après avoir en vain examiné tous les scénarios possibles, Monsieur Pereur dut se résoudre à l’inévitable, incommensurable et irréversible fatalité : sa compagne dormait sans respirer.
Monsieur Pereur se tourna vers son épouse et la regarda. Il la trouvait toujours belle, très belle, l’âge l’avait effleuré sans vraiment la toucher. Et s’il allait lui offrir des fleurs aujourd’hui ?
« Annabelle ? »
Il continua à observer le visage de son épouse pour détecter le moindre indice qui trahirait sa ruse.
« Annabelle ? »
Il s’approcha davantage, au point que son souffle parvenait à soulever ses fébriles sourcils, passa sa main dans ses cheveux et embrassa une mèche, puis le front dégagé par son geste prévenant. Il s’étonna de sa peau froide et sans tension.
« Comme tu es belle ! »
Monsieur Pereur retint son souffle et commença à compter pour mesurer combien de temps il parvenait à tenir. Il se rendit à l’évidence, rapidement, que son épouse maitrisait bien mieux ce périlleux exercice de respiration.
Et puis,
comme s’il avait préparé son discours préalablement, cherché les mots appropriés,
construit les phrases déjà,
étudié la musicalité de sa voix pour connaitre sa portée, tout en évitant le moindre soupçon d’un reproche,
mais avec la gravité nécessaire pour étayer le sérieux de sa démarche,
il s’adressa à son épouse :
« Annabelle ! Je sais que tu m’entends. Tu n’es pas loin encore et … »
Monsieur Pereur modula sa voix quand, après ses premières paroles, il se rendit compte qu’il s’était trompé de ton. Il ferma les yeux un court instant et y vit défiler les appositions nécessaires pour accorder sa voix au sérieux de ses mots : amour, compassion, complicité, conspiration, vigueur, mais aussi déception, tristesse et trahison.
La trahison d’une démission sans préavis.
Il reprit ses esprits et continua la phrase à l’endroit même où il l’interrompit :
« …et, tu ne te sentiras pas vexée, je l’espère,
mais ce que j’ai à te dire me pèse,
et tu le sais,
parce qu’on se l’était soufflé,
dit,
juré,
nous nous l’avions promis sous serment,
mais aujourd’hui tu te mets
dans l’impossibilité de respecter ton engagement,
alors je voulais te le répéter,
me le répéter,
pour le perpétuer
et te rappeler l’importance que j’y apporte.
Tu te rappelles du petit chemin qu’on avait trouvé derrière le cimetière de Varengeville ? Nous avions visité la belle petite église, alors que nous ne croyons pas en Dieu, mais elle était tellement belle qu’elle nous avait envoûté, et puis la modeste tombe de Braque que nous avions découvert sur notre chemin vers la sortie ? Le prolongement de ce petit chemin mène vers les falaises et l’abondance des sensations du ciel, de l’air et de l’odeur des fleurs nous avait extirpé cette esquisse romantique d’un départ commun organisée. Après avoir franchi le taillis, nous nous trouvions devant cette vue étourdissante avec son éclairage mirobolant et nous nous imaginions le jour où nous allions en décider ainsi, de sauter, la main dans la main, pour échouer sur les rochers et les galets, et offrir ainsi nos corps déchiquetés aux rapaces. Tu te rappelles comment on s’est imaginé retourner dans la nature ainsi consommés par les mouettes et les goélands et redistribués sur les champs, les bois et les vagues ? »
Les derniers mots s’étouffèrent quelque peu quand il réalisa qu’une larme, une minuscule mais visible larme, s’était formée dans le creux du nez couché d’Annabelle.
« Annabelle ? Tu m’as entendu ? »
Monsieur Pereur, qui ne s’était attendu à aucun signe d’acquiescement, fut bouleversé et tira le manche de son pyjama au-dessus de ses doigts tremblants pour essuyer la larme.
« Adieu mon amour ! Adieu ! »
Frappé par ce geste, ce dernier geste, Monsieur Pereur lutta contre ses propres larmes qu’il jugea inopportunes. Il préféra convertir son chagrin en colère, sa tristesse en révolte, sa souffrance en rancœur.
« Tu pars avant moi et je t’en veux. Terriblement. »
Il le dit avec tellement d’amour, de douceur et de sensibilité, qu’il parvint à enlever tout sens de ses paroles. Et puis, frappé d’une ultime considération du mal qui frappait son cœur, il se rendit compte que ce n’étaient pas les derniers mots qu’il voulait lui adresser. Non, les derniers mots se devaient d’être les plus rassurants qu’une femme puisse dire à son homme, les plus rassurant qu’un homme puisse dire à sa femme.
« Je t’aime. »

(Text: Jos Kayser)